La route des petits matins
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Product Description
La route des petits matins s’inspire du parcours initiatique d’un réfugié de culture sino-vietnamienne après la chute de Saigon. Entre autres personnages, on y trouve maître Wou, un maître de thé dont les enseignements sont illustrés de proverbes et de dictons qui puisent à une sagesse immémoriale très inspirante pour notre époque agitée.Tout au long du récit, le narrateur conserve pour le héros et sa culture une pudeur chargée de tendresse amoureuse. Le texte, empreint d’émotion et de poésie, utilise des tournures qui s’apparentent à la structure fleurie des langues asiatiques et donnent aux phrases une musicalité envoûtante.Écrite comme une longue lettre d’amour, La route des petits matins salue le courage, la solidarité, la détermination et la faculté d’adaptation des réfugiés, d’abord pour fuir leur pays, puis pour s’intégrer à une culture et à un climat diamétralement opposés à ce qu’ils ont auparavant connu.
Product Details
- Amazon Sales Rank: #1413808 in Books
- Published on: 2003-10-30
- Released on: 2003-10-30
- Binding: Paperback
- 144 pages
Editorial Reviews
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Premier roman de Gilles Jobidon, La Route des petits matins détonne dans le paysage littéraire québécois. Gagnant du prix Robert Cliche 2003 par lequel les éditions VLB récompensent le manuscrit dun nouvel auteur, ce récit poétique et aérien raconte la longue marche de Petit tonnerre, enfant vietnamien dorigine chinoise qui quitte Saigon pour rejoindre le Canada, pays au parfum de liberté. Il laisse derrière lui sa mère indigente, les marchés de Saigon, ses sœurs,la boiteuse et labsente, son enfance et son mentor, maître Wou, sage et père substitut qui linstruira et laidera à fuir ce pays de misère et doppression. Après, ce sera le voyage infini en compagnie du passeur et de compagnons dinfortune dont certains ne survivront pas aux privations, à la fatigue et aux dangers.
Il est presque envoûtant le périple de ce garçon courageux qui avance vers son destin, au rythme dune langue fluide et imagée qui berce le lecteur et recouvre la douleur et lexil dun voile de beauté tranquille. Un pas, encore un pas, un pas. Quitter Saigon, cette vieille putain aux dents plaquées or, aux dentelles déchirées, pleines de boue. Quitter cette ville, cette vie de merde – freedom. Cri de révolte et despoir, La Route des petits matins force le respect et laisse augurer un bel avenir pour ce nouveau romancier. --Pascale Millot
About the Author
Gilles Jobidon travaille depuis plus de vingt-cinq ans dans le milieu de la culture et des communications. Très remarqué par la critique, son premier roman, La route des petits matins, a remporté le prix Robert-Cliche 2003, le prix Ringuet 2004 de l’Académie des lettres du Québec et le prix Anne-Hébert 2005.
Excerpted from La route des petits matins by Gilles Jobidon. Copyright © 2003. Reprinted by permission. All rights reserved.
EXTRAIT LA ROUTE DES PETITS MATINS de Gilles Jobidon
Les années Saigon
Tu ne parles jamais d’amour. Aux premiers pas de l’aube, lorsque les lumières de Saigon se sont évanouies, il pleuvait. Dans ta langue maternelle, en cantonais, on ne dit pas il pleut, on dit il pleure. Le ciel a lavé la terre. Depuis longtemps, ta mère savait que tu ferais comme elle, dont la famille s’était enfuie de Canton en 1938 – l’invasion japonaise. Tu es parti, il pleuvait. Ton départ coïncide avec le jour des Morts. Là-bas, en ces temps de feu, la mort partout, jusque dans l’enceinte des femmes. Tu n’as pas embrassé ta mère. Elle ne t’a pas embrassé. Du plus loin que tu te souviennes, elle ne t’a jamais embrassé. À sa place, dans la cuisine, sous l’autel, feignant de dormir, elle t’a vu t’enfuir du coin de l’œil. Les mères ont l’œil très aiguisé. Elle ne s’est pas levée pour toucher tes cheveux, fermer le col de ta blouse, parer à la fraîcheur de la nuit. Vous ne vous êtes pas terrés dans les bras l’un de l’autre. Sur le pas de la porte, en sa direction, tu as regardé le sol. Elle a compris. Chez vous, l’amour se dit patient, dans cette langue muette, en baissant les paupières, frôlant la terre des yeux, uniques témoins de l’âme. Dans la lente montée qui surplombe la plaine, tu ne t’es pas retourné pour regarder Cholon, le quartier chinois de Saigon que les marchands sortaient à peine du lit. Tu n’as pas, une dernière fois, contemplé le pays de ta naissance, qui n’a jamais été, ne sera jamais ton pays. Toi qui n’as pas été en Chine, que la Chine n’a jamais quitté, tu n’auras jamais de pays que toi.
